Les débats autour des écrans sont souvent très tranchés.
Certains affirment qu’ils sont responsables de nombreux problèmes de développement chez les enfants.
D’autres estiment au contraire qu’ils ne présentent aucun risque particulier.
Mais la science pose aujourd’hui une question bien différente :
Et si le véritable enjeu n’était pas le temps passé devant un écran, mais la manière dont il est utilisé ?
Pour répondre à cette question, nous allons analyser une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2024 dans JAMA Pediatrics par Mallawaarachchi et ses collaborateurs.
Cette publication a regroupé les résultats de 100 études, représentant 176 742 enfants, afin d’étudier les liens entre différents contextes d’utilisation des écrans et le développement cognitif et psychosocial des jeunes enfants.
📄 Étude analysée
| Titre | Early Childhood Screen Use Contexts and Cognitive and Psychosocial Outcomes: A Systematic Review and Meta-analysis |
| Premier auteur | S. Mallawaarachchi |
| Revue | JAMA Pediatrics |
| Année | 2024 |
| DOI | 10.1001/jamapediatrics.2024.2620 |
| Type d’étude | Revue systémique avec méta-analyse |
| Études analysées | 100 |
| Participants représentés | 176 742 enfants |
Pourquoi cette étude est-elle particulièrement intéressante ?
Contrairement à beaucoup d’études qui s’intéressent uniquement au temps d’écran, celle-ci cherche à répondre à une question plus précise :
Quels contextes d’utilisation des écrans sont associés au développement cognitif et psychosocial des enfants ?
Les chercheurs distinguent notamment :
- le type de contenu ;
- le type d’activité ;
- l’utilisation avec ou sans un adulte ;
- la télévision allumée en arrière-plan ;
- l’utilisation des écrans par les parents ;
- l’objectif de l’utilisation.
Autrement dit, ils ne considèrent plus « les écrans » comme un seul phénomène.
Pourquoi peut-on avoir confiance dans cette étude ?
Aucune étude n’est parfaite.
En revanche, certaines sont beaucoup plus rigoureuses que d’autres.
Plusieurs éléments renforcent la qualité méthodologique de cette publication :
✔ protocole enregistré avant le début des analyses (PROSPERO) ;
✔ recommandations internationales PRISMA respectées ;
✔ recherche effectuée dans sept grandes bases de données scientifiques ;
✔ plus de 7 400 publications examinées ;
✔ sélection indépendante des études par plusieurs chercheurs ;
✔ évaluation du risque de biais ;
✔ méta-analyse réalisée sur les études suffisamment comparables.
La recherche documentaire a identifié 7 441 publications.
Après application de critères de sélection définis à l’avance :
- 226 articles ont été lus intégralement ;
- 100 études ont finalement été retenues ;
- 64 études ont pu être intégrées aux méta-analyses.
Ces éléments ne garantissent pas que les conclusions sont vraies.
Ils indiquent simplement que les auteurs ont suivi une méthode reconnue pour limiter les biais.
Que nous apprend cette étude ?
1. Le contenu
Les chercheurs observent qu’une exposition plus importante à des contenus non adaptés à l’âge (violence, action, contenus destinés aux adultes) est associée à de moins bons résultats psychosociaux.
À l’inverse, les essais cliniques randomisés inclus dans cette revue apportent des éléments en faveur des bénéfices des contenus éducatifs et prosociaux sur certaines compétences, notamment la littératie et les compétences socio-émotionnelles.
Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer
❌ Tous les contenus éducatifs améliorent le développement.
❌ Tous les contenus violents provoquent des difficultés.
Elle montre uniquement des associations statistiques observées dans les études analysées.
2. Le type d’utilisation des écrans
Les chercheurs observent qu’un temps plus important consacré au visionnage de programmes (télévision, vidéos, films…) est associé à de moins bons résultats cognitifs et psychosociaux.
Une étude expérimentale incluse dans cette revue a montré que des enfants obtenaient de meilleurs résultats à certains tests de fonctions exécutives après avoir utilisé une application qu’après avoir regardé un programme vidéo.
En revanche, aucune différence n’a été observée concernant la flexibilité cognitive.
Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer
❌ Les jeux vidéo sont meilleurs que la télévision.
❌ Les applications améliorent les capacités cognitives.
Elle montre uniquement qu’une étude expérimentale a observé cette différence dans un contexte précis.
3. Utilisation conjointe des écrans
Les chercheurs observent que l’utilisation des écrans en présence d’un parent, d’un frère, d’une sœur ou d’un autre adulte est associée à de meilleurs résultats cognitifs.
Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer
❌ Il suffit de regarder les écrans avec son enfant pour améliorer son développement.
L’étude met uniquement en évidence une association.
Les auteurs eux-mêmes précisent que les interactions entre l’adulte et l’enfant méritent d’être étudiées plus précisément.
4. Télévision allumée en arrière-plan
La présence d’une télévision allumée en arrière-plan est associée à de moins bons résultats cognitifs.
Une étude expérimentale montre également que les nourrissons présentent moins d’épisodes d’attention soutenue lorsqu’une télévision est allumée pendant leurs activités.
Quelques études suggèrent également une association avec une moins bonne régulation du comportement.
Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer
❌ Une télévision allumée en arrière-plan provoque nécessairement des difficultés de développement.
5. Utilisation des écrans par les parents
Les chercheurs observent que l’utilisation des écrans par les parents pendant les repas, les jeux ou d’autres interactions quotidiennes est associée à de moins bons résultats psychosociaux.
Plusieurs études expérimentales suggèrent que les interruptions provoquées par les téléphones peuvent nuire à la qualité des interactions parent-enfant.
Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer
❌ Regarder son téléphone pendant un repas provoque des troubles chez son enfant.
Les résultats montrent uniquement une association observée dans plusieurs études.
Les limites de cette étude
Comme toute publication scientifique, cette revue présente plusieurs limites.
Les auteurs soulignent notamment que :
- les études ne définissent pas toujours les différents contextes d’utilisation des écrans de la même manière ;
- les méthodes utilisées pour mesurer le développement des enfants diffèrent selon les études ;
- les variables prises en compte dans les ajustements statistiques ne sont pas identiques ;
- une grande partie des études incluses sont des études transversales, ce qui limite les conclusions sur les relations de cause à effet.
Autrement dit :
Cette revue apporte un niveau de preuve élevé concernant des associations, mais elle ne permet pas de démontrer que ces associations correspondent à des relations causales.
Verdict Pop’iBrain
À la lumière des données actuellement disponibles :
✔ le contexte d’utilisation semble aussi important que le temps d’écran ;
✔ les contenus adaptés à l’âge paraissent plus favorables que les contenus inadaptés ;
✔ la présence active d’un adulte pendant l’utilisation des écrans semble associée à de meilleurs résultats cognitifs ;
✔ la télévision allumée en arrière-plan et l’utilisation des écrans par les parents pendant les interactions sont associées à des résultats moins favorables.
Les auteurs rappellent cependant que les tailles d’effet observées restent faibles et que de nombreux autres facteurs (environnement familial, sommeil, niveau socio-économique, pratiques éducatives…) influencent également le développement de l’enfant.


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